Groulx, Patrice, Pièges de la mémoire, Dollard des Ormeaux, les Amérindiens et nous, Hull, Les Éditions Vents d'ouest, 1998, 436 pages

Groulx, Patrice, Pièges de la mémoire, Dollard des Ormeaux, les Amérindiens et nous, Hull, Les Éditions Vents d'ouest, 1998, 436 pages

  • Auteur(e): Denys Delâge
  • Dossier: Hors-dossier
  • Type: Compte rendu

Extrait

De passage au Bas-Canada où il avait observé le manque de terres pour les prochaines générations et où il avait assisté au déroulement, exclusivement en anglais, d’un procès impliquant un Canadien francophone, Tocqueville écrivait que c’était un bien grand malheur pour un peuple d’avoir été conquis. Le remarquable livre de Patrice Groulx illustre ce jugement à un second degré : pire encore, le conquis (ou le colonisé) ne peut exprimer son destin que dans le regard du colonisateur. C’est cette aliénation qui piège sa mémoire et lui fait trouver un bouc émissaire à son « mal d’être », c’est-à-dire à la mise en cause de son existence. Voilà pourquoi le Canada-français s’est donné Dollard des Ormeaux pour héros plutôt que Chénier. Ce faisant, au lieu d’affronter le regard du maître, l’on s’y soumettait aux dépens de plus colonisés que soi, c’est-à-dire aux dépens de ces « sauvages-barbares-païens » dont l’évocation permettait d’exprimer sa propre appartenance à la civilisation et à la chrétienté. 

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