Rites de liberté, rites de contrainte : fête populaire et transition politique en Catalogne dans les années 1970

Rites de liberté, rites de contrainte : fête populaire et transition politique en Catalogne dans les années 1970

  • Auteur(e): Dorothy Noyes
  • Dossier: Rituels et cérémonies du pouvoir du XVIe siècle au XXIe siècle
  • Type: Article

Extrait

Les gens dans la rue. Nous les avons vus s’amasser devant le palais présidentiel à Manila, de part et d’autre du Mur de Berlin après sa chute, face aux tanks le long de l’avenue Changan à Beijing, ou encore se regrouper sur la Place Wenceslas à Prague et, pourquoi pas, au centre de Montréal le 15 novembre 1976. Emblème de la libération longuement attendue, la fête résume le moment de la transition politique pour la foule qui y participe. C’est la sensation exaltante des corps serrés, qui ne sont pas rangés en parades militaires devant l’œil du pouvoir, mais se perdent dans la foule ; c’est la délivrance corporelle qui fait fi de la surveillance et de la discipline ; c’est la compensation des désirs frustrés et réprimés depuis longtemps. La fête, enfin. Si c’est la rue libérée qui se manifeste dans l’événement festif, qui se grave dans la mémoire commune, les historiens des transitions parlent d’un autre espace, celui de la salle fermée, claustrophobe, où ont lieu les transactions interminables entre anciens antagonistes. Espace de contrainte, de concessions faites à contre-cœur, peut-être même inavouables par après; bref, espace de compromis.

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