Face aux savoirs à obsolescence programmée, une nécessaire revalorisation de l’histoire

Auteur(e): Louise Bienvenue
Dossier: L’enseignement de l’histoire au premier cycle universitaire
Type: Idées

Extrait

Les historiennes et les historiens de profession sont-ils bien placés pour interpréter ce phénomène inquiétant de la baisse tendancielle des inscriptions dans les programmes universitaires de premier cycle en histoire? C’est la question que je me suis posée au moment d’entreprendre la présente réflexion. Car, pour moi, il n’existe pas de domaines du savoir aussi passionnants que l’histoire et il n’y a guère d’exercice intellectuel plus nécessaire que cette patiente méditation sur le parcours des communautés humaines. Plus qu’un loisir intellectuel sophistiqué, plus qu’un réservoir de « culture générale », la science historique et son travail exigeant d’interprétation fondé sur la preuve me semblent particulièrement à même de générer du sens et de former ces « têtes bien faites » qu’affectionnait Montaigne en son temps, et dont notre monde contemporain a encore grand besoin. De l’intérêt et de la pertinence sociale du savoir historique donc, je ne doute nullement. Quant à savoir pourquoi, au sortir du cégep, trop peu d’étudiantes et d’étudiants partagent cet enthousiasme, voilà qui me semble plus mystérieux.

Parce que l’interprétation du déclin des statistiques d’inscriptions n’a rien de simple, je me dois de féliciter mes collègues François-Olivier Dorais et Martin Pâquet d’avoir placé cet exercice sous le signe de la collaboration interuniversitaire. De telles occasions de réflexion collégiale sur l’enseignement, au sein de notre discipline, sont plutôt rares; nos dynamiques institutionnelles et, en particulier, nos méthodes de financement nous incitent plutôt à penser les enjeux de recrutement plus localement. On compare ainsi nos « parts de marché » dans un certain esprit de rivalité. Or, les données statistiques le prouvent, la baisse décennale des effectifs dans les programmes d’histoire est un phénomène qui dépasse de loin nos réalités régionales et même nationales. Il s’agit d’un problème à grande échelle devant lequel, forcément, l’on se sent bien humble lorsque vient le moment d’en identifier avec précision les causes. Pour cette raison, mon propos sera davantage ici formulé sous forme d’hypothèses que de conclusions définitives.

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