Représenter le roi en Nouvelle-France. D’une difficulté à un échec ?

Auteur(e): Yann Lignereux
Dossier: La représentation en Nouvelle-France
Type: Article

Extrait

Analysant la politique des présents français offerts aux chefs amérindiens dans le cadre de la réalisation et de l’entretien de la Pax Gallica au Canada, Gilles Havard a pu parler d’une « diplomatie d’apparat » commune à l’une et à l’autre rive de l’Atlantique[1]. Poursuivant son analyse, il écrit qu’ « Onontio [il s’agit du nom donné par les Amérindiens au gouverneur général du Canada] et ses agents réinvestissent en Nouvelle-France les méthodes de politique spectacle de la royauté destinées à impressionner les sujets ou bien les autres cours d’Europe[2] ». Ce qui se joue dans l’ancienne France – les modalités de l’institution et de la poursuite du consentement à l’obéissance politique, autrement dit la gouvernementabilité moderne – trouve dans la nouvelle un champ d’expériences similaires, une continuité de formes et de normes, tout en investissant celui des pratiques autochtones définissant les régimes de sociabilité politique et d’échanges entre les différentes nations de l’est du continent nord-américain. Peut-être parce qu’il est là moins établi dans des fondements à la légitimité incontestable, peut-être parce que, en somme, il y est fondamentalement suspendu, le pouvoir français en Nouvelle-France est tenu à un renoncement à son exercice véritable au risque de mettre en doute sa puissance sur l’espace de souveraineté qu’il revendique et d’ébranler la foi politique en une autorité qui n’est jamais, finalement, que la somme des consentements que les populations amérindiennes – mais peut-être aussi coloniales françaises – veulent bien lui accorder.

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