Une utopie à combattre : le bilinguisme chez Donald Creighton et Michel Brunet

Auteur(e): Serge Miville
Dossier: Le projet du bilinguisme canadien : histoire, utopie et réalisation
Type: Article

Extrait 

Si le bilinguisme fait présentement partie de l’ADN du pays, son ascension à titre de valeur canadienne ne s’est pas faite sans heurts[1]. Matthew Hayday nous montre dans So they Want us to Learn French qu’un contingent plus ou moins organisé d’individus au Canada anglais s’est mobilisé contre cette politique linguistique[2]. L’augmentation de la présence de la langue française semblait inacceptable pour ces groupes qui cherchaient à préserver la prédominance de l’anglais dans l’espace public. Le cantonnement du français à l’intérieur des frontières québécoises était suffisant, soutenaient-ils. Bien qu’ils aient été les premiers à profiter de cette politique qui a été taillée pour eux, il ne faut pas croire que les Canadiens français ont été unanimes dans leur appui au bilinguisme. Au contraire, certains, comme l’historien Michel Brunet, s’y sont vigoureusement opposés. Alors que d’autres individus, comme Jock V. Andrew, auteur de Bilingual Today, French Tomorrow, voient dans le bilinguisme canadien un grand complot canadien-français mené par Pierre Elliott Trudeau pour subjuguer le Canada[3], l’historien Brunet estime que le contraire est vrai. Le bilinguisme canadien, et son corollaire l’unité nationale, croit-il, cherche tout simplement à intégrer la nation canadienne-française dans un pays anglophone qui n’est pas le sien. L’historien Donald Creighton figure parmi les plus ardents opposants du bilinguisme à l’échelle nationale. Selon lui, l’obsession canadienne avec la langue durant les années 1960 et 1970 viendrait à affaiblir le pays et le mènerait vers une intégration économique et politique aux États-Unis. Dans les deux cas, ces historiens ont pris la parole dans l’espace public pour dénoncer le bilinguisme.

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